Le personnel de la crèche de Boncourt se mobilise!

de: Virginie Oliboni, secrétaire SSP - Jura

Au terme d’une vive empoignade, les salariées de la crèche de Boncourt ont réussi à faire barrage à un règlement communal qui aurait entériné des salaires de dumping. Grâce à une belle unité, le personnel a fait un pas vers la reconnaissance de sa profession. Chronique d’une victoire d’étape.

Au début février de cette année, le personnel de la crèche Tom Pouce à Boncourt a pris contact avec le SSP. Objectif: nous faire part de la volonté du Conseil communal de faire approuver, en assemblée, un nouveau règlement du personnel. Le règlement actuel stipule que le salaire de base des employés est fixé selon l’échelle des traitements pratiquée par le Canton du Jura. La volonté du Conseil communal était de mettre à jour ce règlement, qui date de 1987, et de modifier, entre autres, l’article ayant trait au système de rémunération. Dans ce but, le Conseil communal avait établi lui-même une nouvelle classification de son personnel, avec une nouvelle grille de salaire. Il souhaitait faire valider le tout par l’assemblée communale.

Évaluation simpliste

Le personnel de la crèche a été consulté sur les modifications proposées. Il a fait connaitre son mécontentement face à cette évaluation des fonctions pour le moins simpliste, relevant plus d’une photographie de la situation actuelle que d’une vision d’avenir. Le personnel a aussi relevé l’écart de salaire proposé entre la commune et ce qui est pratiqué dans l’ensemble du canton. En effet, depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle évaluation cantonale des fonctions, seules trois communes se refusent à entrer en matière sur sa mise en œuvre (Saignelégier, Les Breuleux et Boncourt). Or, il faut savoir que le salaire des employés de crèche est soumis à la répartition des charges et que le Canton a prévu un montant supplémentaire pour permettre aux communes cette mise en œuvre. Les communes réfractaires ne peuvent donc pas se justifier en invoquant des raisons financières.

En chiffres

Concrètement, la différence de salaire entre une assistante socio-éducative (ASE) titulaire d’un CFC, rémunérée selon l’échelle cantonale en début et fin de carrière, et une personne de même formation soumise à l’échelle proposée par le Conseil communal de Boncourt aurait été de 500 francs en moins par mois. La différence entre une éducatrice ES diplômée, rémunérée selon l’échelle cantonale en début et fin de carrière, et une personne de même formation soumise à l’échelle boncourtoise proposée: 1000 francs en moins par mois, soit une perte de 13 000 francs annuels!
Le bilan de la consultation s’est avéré peu fructueux, malgré un point positif: le personnel a réussi, grâce à ses revendications, à obtenir une avancée concernant le congé maternité – il était de 14 semaines, le Conseil communal a accepté de l’allonger à 16 semaines, rémunérées à 80%. Mais sur les questions salariales, le personnel est resté sur sa faim. Il a donc pris la décision de mandater officiellement le SSP pour défendre ses intérêts.

Rencontre peu fructueuse

D’entente avec le personnel, nous avons dans un premier temps rencontré le conseiller communal en charge du dossier, M. Josué Boesch. Lors de cette rencontre, je lui ai présenté les différences salariales connues, la cartographie de l’Ajoie, où Boncourt reste la seule commune à ne pas appliquer les salaires édictés par le canton, et les risques que cette situation entraîne en termes de rotation du personnel, de perte de bons éléments, de répercussions sur la qualité d’encadrement des enfants, des difficultés futures à recruter, de la baisse de l’image de qualité actuelle de la crèche et, enfin, de la répercussion négative sur l’image du village. Nos arguments ont été entendus. Mais Monsieur Boesch soutenait la position du Conseil communal. Avec déception et regret, nous avons donc compris qu’il ne serait pas un appui dans ce combat vers la reconnaissance justifiée du personnel des crèches – qui, rappelons-le, était en attente d’une vraie évaluation de ses fonctions depuis quinze ans!

Discussion «pas nécessaire»

L’heure de la deuxième étape a sonné: nous décidons avec le personnel que le SSP écrira au Conseil communal. Objectif: demander une rencontre officielle afin de discuter de cette problématique avec l’ensemble du Conseil. Le but recherché est de mieux comprendre ses arguments, restés peu clair jusque-là... et d’ouvrir une vraie discussion, voire une négociation afin de trouver une solution acceptable pour tous. Ce courrier, envoyé en date du 20 février 2017, restera sans réponse. Pressés par le temps, puisque nous souhaitons ouvrir le dialogue avant le passage en assemblée communale, prévu au printemps, et sans nouvelle de leur part, nous décidons de leur renvoyer un courrier, daté du 14 mars. Le 30 mars, le SSP reçoit une réponse brève mentionnant que le personnel a été consulté, que cette phase de consultation est terminée et que le Conseil communal ne juge pas nécessaire d’entamer une discussion avec le syndicat.

Le personnel ne se décourage pas pour autant. Troisième étape, la dernière chance: informer et mobiliser parents, familles, amis et connaissances pour qu’ils viennent à l’assemblée communale et votent en connaissance de cause. Un travail de terrain débute. Il faut aller trouver les gens, leur expliquer la situation, apporter des preuves concrètes et des chiffres, les sensibiliser à ce combat et obtenir leur soutien. Je tiens à féliciter personnellement toutes les personnes qui ont œuvré en ce sens. Elles se reconnaitront.

Assemblée sous haute tension

Le maire de Boncourt a dû avoir vent qu’une mobilisation s’organisait. Il s’est donc documenté et a fait savoir qu’il ferait sortir l’ensemble du personnel communal et leurs familles respectives de l’assemblée. Pour cela, il invoque un article du règlement d’organisation et d’administration de la commune, qui stipule que «les participants à l’assemblée communale ont l’obligation de se retirer lorsqu’il s’agit de traiter des objets qui touchent directement à leurs droits personnels ou à leurs intérêts matériels ou à ceux des personnes qui leur sont parentes jusqu’au degré 2».

Suite à cette annonce, le SSP fait de multiples recherches et téléphones afin de trouver une parade à cet article qui met clairement en jeu le résultat de la votation sur le nouveau règlement du personnel. Rebondissement de dernière minute: deux heures avant le début de l’assemblée, nous obtenons l’information qu’il existe un article dans la Loi communale, selon lequel «il n’y a pas d’obligation de se retirer s’il s’agit d’une votation ou élection par voie de scrutin». En début d’assemblée, nous faisons donc la demande que la votation prenne la forme d’un scrutin secret. 20% des ayants droit de vote font cette requête en votant à main levée, ce qui valide la proposition. Grâce à cette votation, nous obtenons l’autorisation que l’ensemble du personnel communal et leurs familles respectives puissent voter sur l’approbation ou non du nouveau règlement. Ce sera la clef du succès.

Autorités sur les dents

Lors de l’assemblée, plusieurs personnes interviennent de manière très pertinente – nous les en remercions également. En tant que résidente de la commune de Boncourt, je prends la parole à plusieurs reprises. Je présente la situation du point de vue d’une maman qui a son enfant à la crèche et qui s’inquiète des conséquences et répercussions d’une rémunération bien en dessous de ce qui se pratique dans l’ensemble du canton, mais aussi d’un point de vu plus général. Ma bonne connaissance de ce dossier provoque un fort énervement de M. André Goffinet, le Maire de la commune, qui sort de ses gonds et me traite de syndicaliste avec une telle agressivité que je me demande s’il assimile ce qualificatif à celui de terroriste. Un conseiller communal, M. Jean Lusa, reproche à la salle de se laisser influencer par une secrétaire syndicale qui «met le bazar». Ce comportement n’a sûrement pas joué en faveur du Conseil communal, ni renforcé de sa crédibilité.

Belle victoire pour le personnel

Passons au vote à scrutin secret et, enfin, au résultat... Après trois heures d’une assemblée plus que mouvementée, le résultat tombe: 34 personnes ont voté NON à l’entrée en vigueur du nouveau règlement relatif au statut du personnel; 22 ont voté OUI, dont 7 voix pour le Conseil; et 4 se sont abstenues. L’entrée en vigueur du règlement est refusée!

Le Conseil devra soumettre un nouveau projet lors d’une future assemblée communale. Tout n’est pas gagné, mais c’est une première belle victoire pour le personnel de la crèche de Boncourt, qui s’est démontré uni et déterminé à faire reconnaître la valorisation de sa profession. C’est un signal et un encouragement pour le personnel des crèches des Franches-Montagnes. Il y a toujours quelque chose à tenter: unis nous sommes plus forts!

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